Cette idée invaliderait le concept même de bio tant qu’il ne couvre pas 100 % du territoire…
Oui, les champs bio peuvent être parfois contaminés par des produits synthétiques utilisés par d’autres fermes non-bio.
Non, les fruits et légumes bio que vous trouvez au supermarché ne sont pas contaminés.
D’abord, rappelons qu’en principe les traitements sont utilisés de façon ciblée sur les cultures à protéger, et de fait restent en grande partie dans le champ. En revanche, selon les molécules et les conditions météorologiques, certains produits peuvent partiellement se disperser dans le sol, l’eau ou l’air.
Le règlement bio proscrit les produits chimiques et impose une période de conversion allant de deux à trois ans avant de pouvoir être certifié bio. Cette période de conversion est un temps nécessaire pour assainir les sols qui ont pu être pollués avant le passage en bio. Parmi les sources possibles de contamination, il faut aussi compter la rémanence de produits phytosanitaires dans les sols, car il faut parfois plus de 20 ans de gestion biologique pour éliminer les traces de certains pesticides et autres engrais azotés*. Le FiBL (Institut de recherche de l’agriculture biologique) a compilé plusieurs études démontrant que « les sols biologiques contenaient beaucoup moins de résidus que les sols conventionnels et des concentrations de résidus inférieures de 70 à 90 % ». Cette étude montre que le nombre de substances est deux fois moins élevé dans les champs biologiques, et que les niveaux de résidus sont neuf fois moins élevés. L’agriculture biologique contribue à dépolluer les sols.
10 % des terres agricoles françaises sont en bio. Cela signifie donc que 90 % des terres sont potentiellement traitées avec de la chimie synthé- tique. Conscient de ce voisinage avec les fermes dites « conventionnelles », l’agriculture biologique se protège de différentes façons.
De plus, pour éviter les contaminations, et donc se protéger des épandages de produits chimiques synthétiques interdits en bio par des voisins non bio, les agriculteurs bio ont adapté leurs pratiques en plantant des haies ou des bandes enherbées.
Malgré ces protections, des contaminations restent possibles – en cas de dérive du voisinage, par ruissellement avec l’eau, ou de volatilisation par le vent de molécules trop légères. C’est le cas par exemple du prosulfocarbe, dont le monde du bio demande l’inter- diction car il est extrêmement volatil et contamine le sarrasin bio, par exemple.
Les organismes certificateurs (OC) qui contrôlent chaque année chaque producteur bio, effectuent régulièrement des analyses sur des échantillons soit de façon aléatoire soit en cas de suspicion de potentielle contamination.
Si la présence d’une substance interdite en bio est détectée, le produit ne peut plus être commercialisé sous le label Agriculture biologique.
Et si le seuil dépasse la limite maximale de résidus (LMR), le produit ne peut plus être commercialisé du tout. Voilà le consommateur protégé des contaminations éventuelles.
Est-ce que cela est fréquent ?
Le rapport de 2025 de l’EFSA, l’autorité européenne de sécurité des aliments, a fourni des résultats sur les analyses des échantillons prélevés en 2023 : sur les échantillons des produits biologiques, 80 % ne contenaient aucun résidu quantifiable et 19 % contenaient des résidus quantifiés égaux ou inférieurs à la LMR. 1,9 % dépassait la LMR, dont 0,4 % a été jugé non conformes**.
Le bio sous emballage : une protection contre les contaminations
On l’entend souvent : pourquoi donc les fruits et les légumes bio sont-ils emballés dans les supermarchés ? Quand on se soucie de l’environnement, on n’a pas envie de voir un film plastique emballer ses produits. Certes, mais on n’a pas envie que le produit bio soit contaminé. Et c’est la loi. Pour ne pas tromper le consommateur, et différencier les produits bio des non-bio, les produits bio sont emballés, sauf dans les magasins 100 % bio.
L’occasion de rappeler que le label Agriculture biologique est un règlement agronomique, et qu’il ne parle pas d’emballage.
*En 2025, les médecins libéraux français ont qualifié de « bombe sanitaire » l’empoisonnement des sols français au cadmium – notamment dû à l’utilisation massive d’engrais forte- ment phosphatés. Une méta-analyse publiée en 2014 dans le British Journal of Nutrition, montrait que les aliments biologiques présentent en moyenne 48 % de cadmium en moins que les aliments issus de l’agriculture conventionnelle. La recommanda- tion de la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux (URPS-ML) est claire : varier son alimentation et privilégier le bio (notamment dans les cantines) pour diminuer l’imprégnation au cadmium.
**Sur l’ensemble des produits, 58 % ne contenaient pas de résidus quantifiables, tandis que 38,3 % contenaient des résidus dans les limites légales et 3,7 % dépassaient la LMR, dont 2 % ont été jugés non conformes.